COMMUNIQUE DE PRESSE ANSFO du 19 janvier 2013 : « Les sages-femmes peuvent effectivement prescrire la contraception. Oui, mais… »

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« Sage-femme » signifie « savoir à propos des femmes » et donc peut être aussi utilisé pour nos praticiens hommes, autant que « maïeuticien(nes) ».

Garante de la physiologie et profession médicale, les sages-femmes travaillent à préserver la santé des femmes tout au long de leur vie. Leur place est d‘être aux côtés des femmes à chaque évènement de leur vie sexuelle et reproductive. Les consultations postnatales et la rééducation périnéale les mettent quotidiennement en rapport avec les femmes à ce moment charnière de leur vie sexuelle.

Concernant la polémique médiatique actuelle autour des pilules oestroprogestatives de 3ème et 4ème génération, l’Association Nationale des Sages-Femmes Orthogénistes (ANSFO) souhaite compléter l’article de Rue 89 paru le 11 janvier 2013 (1) sur la prescription de la contraception par les sages-femmes et partager leurs interrogations :

  • Et si on remboursait plutôt toutes les pilules micro-progestatives ?

Depuis 2004, les sages-femmes prescrivent la contraception aux femmes en bonne santé, suite à un accouchement ou à une IVG. En 2008, on estimait que 5% des IVG avaient lieu dans les 6 mois qui suivent l’accouchement. (2)
L’ANSFO s’étonne que les pilules micro-progestatives à base de désogestrel 0,075 mg ne soit toujours pas remboursée.

Ces contraceptifs, très utilisés après l’accouchement et en cas de contre-indication aux oestroprogestatifs, permettent une alternative aux femmes ne souhaitant pas de contraceptifs de longue durée – DIU (5 à 10 ans), implant (3 ans) – mais remboursés. Son coût et l’absence d’études probantes ne font pas de son remboursement une évidence.

Microval® (lévonorgestrel 0,030 mg) est actuellement la seule pilule micro-progestative remboursée par la Sécurité Sociale mais son observance est plus contraignante : le retard de prise ne doit pas dépasser 3 heures contre 12 heures pour les pilules micro-progestatives à base de Désogestrel 0,075 mg.

Rappelons aussi que les progestatifs sont les seuls contraceptifs hormonaux indiqués en cas de certaines pathologies chroniques (3) (diabète, hypertension artérielle chronique…).

  • Les anneaux vaginaux et patchs oestroprogestatifs oubliés des différents débats médiatiques actuels…

L’ANSFO souhaite également rappeler que les patchs et anneaux vaginaux font partie des contraceptifs oestroprogestatifs de 3ème génération, peu ou pas mentionnés dans les différents communiqués car déjà non remboursés. Encore trop peu étudiés, ils comporteraient, a priori, les même risques que les pilules de même génération. Leur mode d’utilisation permettrait aussi une meilleure observance.

L’ « autre souci » de la prescription des pilules contraceptives est de s’assurer que les femmes savent comment gérer leur oubli de pilule. Il n’est pas concevable de les culpabiliser sur ces oublis : qui n’a jamais oublié un rendez-vous dans sa vie ? La pilule, ce peut être jusqu’à 365 rendez-vous par an…

 

L’ANSFO espère que les femmes n’abandonneront pas leur moyen de contraception actuel sans un relais par un autre contraceptif, juste par les peurs engendrées par les révélations médiatiques. Elle tient à rappeler que plusieurs types de professionnels peuvent les conseiller efficacement (voir prescrire ou renouveler) : médecins, sages-femmes, pharmaciens, infirmiers, conseillers conjugaux et familiaux…

 

  • « Et si on confiait la contraception aux sages-femmes ? » Oui mais…

    • Des prescripteurs certainement plus prudents du fait du très récent élargissement de leurs compétences : les sages-femmes diplômées avant 2009 ressentent le besoin de se former et se forment ! Pour une formation indépendante de l’industrie pharmaceutique…

Depuis 2009, les sages-femmes prescrivent la contraception et assure le suivi gynécologique de prévention aux femmes en bonne santé, tout au long de leur vie.

La mise en place récente du Développement Professionnel Continu (comme les médecins) pourra permettre (espérons-le) une sélection de qualité, des formations offertes à tous les professionnels de santé, indépendantes de l’industrie pharmaceutique et des compagnies d’assurances.

    • Des installations en cabinet libéral soumises à une cartographie en fonction du nombre des naissances des bassins de vie, et non en fonction du nombre de femmes en âge de procréer…

Depuis janvier 2012, lors de la signature d’un avenant conventionnel des organisations syndicales sages-femmes avec l’UNCAM (Union nationale des caisses d’assurance maladie), concernant la revalorisation des actes (tarification inchangée depuis 2002), a été définie une carte démographique des sages-femmes libérales. Cet avenant prévoit des mesures incitatives à l’installation dans les zones « sous-dotées » en sage-femmes et une régulation dans les zones « sur-dotées ». La définition de cette dotation a été calculée en fonction du nombre de naissances dans les différents bassins de vie, et non en fonction du nombre de femmes en âge de procréer.

Une fois de plus, les sages-femmes ne peuvent que constater, qu’en les censurant, l’UNCAM fait des choix dispendieux pour les collectivités.

    • Très peu de postes de sages-femmes hospitalières et territoriales (CPEF, PMI) pour le suivi gynécologique de prévention et la contraception

Pour satisfaire les besoins de la population en suivi gynécologique et contraceptif, les Fonctions Publiques et Territoriales pourraient faire le choix de créer des postes de sages-femmes sur ces différentes missions.
De nombreux Hôpitaux Publics et Centres de Planification et d’Éducation Familiale (CPEF) manquent actuellement de médecins généralistes, gynécologues médicaux, gynécologues-obstétriciens.

Les sages-femmes ne pourraient-elles pas assumer le suivi des femmes en bonne santé ? Cette solution permettrait ainsi aux médecins de prendre en charge les situations pathologiques dans de meilleures conditions.

 

Contact :
Marjorie AGEN, présidente ANSFO # 06 76 28 78 63
Céline GLORIE, vice-présidente ANSFO # 06 61 58 21 12

 

(1) Article « Et si on confiait la contraception aux sages-femmes ? », Rue89, Sophie Caillat, journaliste, 11 janvier 2013.
(2) Robin G. et al., La contraception du post-partum : état des connaissances,Gynécologie Obstétrique et Fertilité 2008;36:603-15
(3) Si la femme présente une pathologie chronique, seuls les médecins peuvent assurer leur suivi gynécologique et la prescription de leur contraception